Martin Dufresne published a note.
Les anarchistes et la porno-torture
La douleur est-elle différente lorsqu’elle est ressentie par une femme?
Les anarchistes et la porno-torture
par Ben Barker, COUNTERPUNCH 10 fév. 2013
COLLECTIF ANARCHISME, FÉMINISME, CONTRE LE SYSTÈME PROSTITUTIONNEL Je, tu, il, nous... ne payons pas pour« ça » ! Monde Libertaire (Le) 2009 - 132 pages- 14 x 21 cm- ISBN: 978-2-915514-36-0- 9.00€ http://courtcircuit-diffusion.com/Des-anarchistes-feministes-contre
Les soi-disant radicaux et l'industrie de l'exploitation sexuelle sont de plus en plus étroitement liés. J'aimerais pouvoir dire que j'ai été surpris lorsque j'ai appris aujourd’hui que la Bay Area 2013 Anarchist Bookfair (San Francisco/Oakland, en Californie) va être organisée au Armoury Community Center, qui appartient aux responsables du site Web de porno-torture, Kink.com.
Kink.com est tristement célèbre pour ses images de femmes «écartelées sur des chevalets, ligotées, à qui on pisse dans la bouche ou qu’on suspend par les pieds en les connectant à des électrodes, y compris dans le vagin» explique la militante féministe Gail Dines (auteure du livre Pornland et co-directrice de l'organisation Stop Porn Culture), qui soutient que ce site web de pornographie contrevient de façon flagrante à la Convention contre la torture des Nations Unies.
Si vous ne voulez pas écouter une féministe, je vais laisser Kink.com s’exprimer lui-même. Sur leur site, nous apprenons que ce projet a pris naissance lorsque son fondateur a décidé de «consacrer sa vie à soumettre de belles femmes volontaires à du ligotage strict».
Évidemment, des féministes ont immédiatement sonné l'alarme et exigé des réponses et des changements des organisateurs du Salon du livre. Évidemment, on s’est contenté de les ignorer ou de les attaquer.
En toute équité, il faut reconnaître qu’une déclaration traitant des «préoccupations concernant le choix du site» a été presque immédiatement affichée sur le site du Salon (http://bayareaanarchistbookfair.wordpress.com/news/). Sans surprise, cette déclaration a tenté de justifier la décision, la majeure partie du texte portant sur le budget serré de l’événement. Quant aux quelques lignes consacrées aux préoccupations féministes, elles ont éludé toute responsabilité en affirmant qu'«il existe une critique politique valable de chaque lieu qui est potentiellement disponible», parce que «nous vivons dans une société capitaliste, et jusqu'à ce que nous ayons créé une infrastructure explicitement anarchiste qui puisse prendre en charge ce type d'événement, de telles contradictions et compromis sont inévitables».
Cela donnerait à croire que les organisateurs de l'Anarchist Bookfair n’ont peu ou pas de liens avec Kink.com ou leur salle, et qu’ils s’imposent effectivement un certain compromis en se résignant à y tenir leur salon du livre, parce qu'il n'y a tout simplement nulle part ailleurs où aller. Au contraire, la suite de leur déclaration démontre à quel point ils sont conscients des enjeux en cause. Les organisateurs écrivent: «Nous reconnaissons que la pornographie et la prostitution sont des questions controversées dans la communauté anarchiste. Le choix de l'Armory Community Centre n'est pas une déclaration politique, et le comité exécutif du Bay Area 2013 Anarchist Bookfair n’adopte aucune position politique en ce qui concerne la pornographie. Nous acceptons que les membres de la communauté (et même des membres de notre comité) ont des opinions différentes sur cette question. Nous organiserons un débat sur les perspectives anarchistes en matière de pornographie lors du salon du livre, et si ce sujet vous intéresse, nous espérons que vous y assisterez.»
La situation devient familière : un grand événement à caractère politique est organisé dans un lieu controversé, ce qui suscite des dénonciations publiques. Cela ressemble assez à un autre incident, survenu le mois dernier, lorsqu’une bande de Républicains du Congrès américain ont réservé pour leur colloque annuel d'hiver une ancienne plantation esclavagiste à Williamsburg (Virginie) où, comme pour retourner le fer dans la plaie, ils ont prévu de discuter de «communication réussie avec les minorités et les femmes»...
Mais voici la différence entre les deux événements: Quand les Républicains ont annoncé le site de leur rassemblement, la gauche s’est manifestée avec vigueur pour les dénoncer comme racistes et insensibles à la réalité historique de l'esclavage. Mais lorsque la Bay Area 2013 Anarchist Bookfair a annoncé le site de leur rassemblement, la gauche s’est manifestée avec vigueur pour dénoncer les objectrices et objecteurs féministes comme étant puritain-es, moralistes et anti-sexe.
Imaginez si les Républicains du Congrès avaient publié une déclaration similaire à celle des organisateurs de la Bookfair. Ils auraient pu écrire: «Nous reconnaissons que la suprématie blanche et l'esclavage ont été des questions controversées au sein de la communauté Républicaine. Le choix de cette ancienne plantation esclavagistes ne constitue pas une déclaration politique, et le Comité républicain du Congrès n’adopte aucune position politique en ce qui concerne la suprématie blanche. Nous acceptons que les membres de la communauté (et même des membres du présent Comité) ont des opinions différentes sur cette question. Nous organiserons un débat sur les perspectives Républicaines en matière de suprématie blanche lors de ce colloque, et si ce sujet vous intéresse, nous espérons que vous y assisterez.» Pensez-vous que cela aurait suffi à apaiser l'indignation de la gauche?
Je prie les organisateurs de la Bookfair, et les anarchistes en général, de me répondre concernant cette seule question: La douleur est-elle différente quand elle est ressentie par une femme?
Ben Barker est écrivain et organisateur communautaire à West Bend, au Wisconsin. Il est membre de l’organisation Deep Green Resistance (http://www.deepgreenresistance.org/) et écrit actuellement un livre sur les propriétés toxiques des sous-cultures radicales et sur la nécessité de bâtir une vibrante culture de résistance.
P.S.: On peut joindre sa voix à celle de Ben Barker et des autres protestataires en écrivant aux organisateurs à abookfair@yahoo.com
Version originale: « Anarchists and Torture Porn », Ben Barker, Counterpunch – « America’s Best Political Newsletter », 8-10 février 2013 - http://www.counterpunch.org/2013/02/08/anarchist-book-fair-porn/
Traduit par Martin Dufresne
RAPPEL d'un esclandre semblable au Salon du Livre Anarchiste de Montréal 2011: un texte de Catherine BOUDIN: http://forum.anarchiste-revolutionnaire.org/viewtopic.php?f=75&t=5212